Radio Germaine a reçu Nicolas Metzger pour une émission spéciale consacrée aux suites de la démission de Frédéric Mion, suite directe de l’affaire Duhamel et de la publication du rapport de l’IGÉSR.

Passé par Sciences Po et Polytechnique, Nicolas Metzger est enseignant vacataire depuis plusieurs années à l’école d’Affaires Publiques de Sciences Po. En 2016, il est élu président du Conseil de l’Institut, instance représentative des communautés de Sciences Po chargée d’administrer l’IEP. Il révèle au micro de Radio Germaine sa vision de la gouvernance de l’IEP.

« Les problèmes de Sciences Po viennent toujours de la tête, ils ne viennent jamais d’en bas »

Nicolas Metzger dépeint une gouvernance où tout serait « déjà écrit d’avance » et les instances réduites à être des chambres d’enregistrement des projets de l’administration. Décrite comme « une lutte de tous les jours », l’action menée durant son mandat aurait reposé sur de multiples négociations et de rapports de force pour tenter d’amender les différents projets.

En 2018, Nicolas Metzger a coprésidé la commission chargée d’examiner et de sélectionner les candidatures à la direction de l’IEP de Paris, la même qui sera chargée de proposer une nouvelle personne à la direction en mai/juin prochain. Notre invité dénonce l’inefficacité d’une procédure à huis clos, où les candidatures auraient été « examinées dans la salle à manger ».

Par ailleurs, Nicolas Metzger accorde une place centrale au travail quotidien des différentes équipes, qu’elles soient étudiantes, professorales ou salariales, les « petites mains » qui permettent à Sciences Po selon lui de fonctionner, le travail de la haute direction étant principalement un travail de représentation. En ce sens, il encourage les étudiants à activement s’engager pour apporter une richesse supplémentaire aux ambitions de l’institution.

« Je connais suffisamment Sciences Po pour savoir qu’il n’y allait pas avoir de réactions fortes des conseils »

En janvier 2020, à la suite des révélations concernant Frédéric Mion, Nicolas Metzger interpelle les membres des instances dans un mail, en les appelant à symboliquement démissionner pour apporter une réponse forte à la crise de confiance vécue par l’institution. Il explique « l’attentisme » des communiqués des communautés enseignantes et salariales par la peur par un certain nombre de personnes face à une éventuelle perte de poste.

Simultanément, Nicolas Metzger se met en retrait de son enseignement en manifestant son indignation du refus de Frédéric Mion de démissionner. Peu après, l’administration a réparti les étudiants dans d’autres cours, supprimant de facto son enseignement. Une décision qu’il dit comprendre, le bon déroulement de la scolarité ne devant pas être perturbé ; néanmoins il a fait part de sa déception quant à la manière dont l’administration lui a annoncé cette suppression.

De plus, si Nicolas Metzger salue la qualité du rapport de l’IGÉSR, il estime que, sans surprise, les propositions concernant la gouvernance et la lutte contre les violences sexistes et sexuelles « se satisfont du système actuel ».

« On n’a jamais remis en question totalement de manière structurelle le fonctionnement de Sciences Po »

À la suite de la démission de Frédéric Mion, Nicolas Metzger a fondé le « comité pour la renaissance de Sciences Po », qui vise à la fois à faire émerger de nouvelles propositions pour la gouvernance et exercer un travail de surveillance des procédures de renouvellement. Ce comité est en voie de constitution et aurait déjà obtenu plusieurs centaines de soutiens parmi les communautés professorales.

Nicolas Metzger appelle à une prise de conscience collective sur la gouvernance de Sciences Po, pour y intégrer une meilleure participation de toutes les communautés. Il suggère notamment de dépasser la redondance des trois principaux conseils de Sciences Po, le CA de la FNSP, le CI et le CVEF, en constituant un grand conseil doté d’un pouvoir politique plus fort qu’aujourd’hui, sans pour autant remettre en cause le modèle original de Sciences Po FNSP et IEP. Les réflexions qu’il appelle de ses vœux, loin de s’enfermer dans des positions institutionnelles figées, doivent aboutir à une refondation sereine de la gouvernance.

De plus, Nicolas Metzger appelle à ce que la procédure de renouvellement de la présidence aille au-delà du seul critère du « politiquement correct ». Selon lui, elle doit en effet exiger une haute intégrité des candidatures, qui ne doivent pas s’inscrire dans des logiques corporatistes (comme celui du Conseil d’État, du corps professoral ou encore celui du monde de l’entreprise). Il appelle en ce sens à ce que les candidatures connaissent Sciences Po et ne soient pas issues du système ayant contribué à la crise actuelle.

Quant à la question de savoir si Nicolas Metzger envisage de se présenter à la direction de Sciences Po, il avance l’impossibilité même d’une telle candidature après avoir confronté les instances de gouvernance à leur passivité face à la crise. Plutôt que de « jouer le jeu des spéculations » il met en avant les critères qui devront, selon lui, permettre à la future direction de Sciences Po de surmonter la crise actuelle et éviter que d’autres se produisent dans le futur.

Cette émission a été enregistrée le vendredi 26 février dans le respect des consignes sanitaires.

Réalisation : Gautier Crépin-Leblond et Héloïse Guillamon